LETTRE OUVERTE : Le football congolais, une agonie programmée sous perfusion politique
À l’attention des autorités sportives et de l’opinion publique nationale et internationale,
Ce week-end, en quête d'un simple divertissement après une éprouvante semaine de travail, j'ai suivi avec attention le match de la 6e journée de la CAF Champions League opposant le FC Saint-Éloi Lupopo à Al-Hilal Omdurman à Kigali. Ce qui devait être une célébration du talent de nos « Cheminots » s'est mué en un véritable calvaire visuel et émotionnel.
Le constat est sans appel : pendant 90 minutes, nos représentants ont été littéralement malmenés. Incapacité à enchaîner trois passes, déchets techniques abyssaux, pertes de balle chroniques et une inexpérience flagrante. Ce spectacle était si pénible que le regret d’avoir délaissé les chaînes documentaires pour ce match m'a habité durant toute la rencontre. Malgré que vers les arrêts de jeu, les Cheminots ont pu montré quelque chose. " La belle femme ne donne que ce qu'elle a " dit-on.
Mais ne nous trompons pas de coupable. Si les joueurs ont failli sur le terrain, le véritable responsable de ce naufrage est le Gouvernement de la République.
Un championnat en état de mort clinique
Depuis 2019, soit près de sept ans, l'organisation de la Linafoot (Illicocash Ligue 1) est devenue une parodie de compétition. Entre interruptions brutales, annulations injustifiées et désignation de « champions préfabriqués » au gré des affinités politiques des présidents de clubs, notre football national a perdu toute crédibilité et, surtout, son rythme de compétition.
Comment exiger des performances africaines de la part d'équipes qui ne jouent quasiment plus ou qui évoluent dans un championnat sans régularité ?
L’ingérence politicienne : le cancer du sport roi
Le mal est structurel. L’administration sportive est aujourd'hui totalement politisée. Le soutien financier, jadis moteur de nos clubs, est devenu dérisoire ou distribué selon des logiques partisanes. Plus grave encore, l’incapacité de nos dirigeants à s’auto-gérer nous a placés sous la tutelle éternelle du CONOR (Comité de Normalisation) de la FIFA. C’est l’aveu d’une incompétence nationale étalée à la face du monde.
Le sport en RDC ne peut plus être le gagne-pain ou le terrain de chasse de plus de 100 millions de fanatiques laissés pour compte par la pauvreté. Le football est le « sport roi », notre dernier refuge de joie, et il est en train de mourir sous nos yeux dans l’indifférence totale des officines politiques.
Nos recommandations pour un sursaut national :
- Libérer le sport de la politique : Que la couleur politique d'un dirigeant ne soit plus le critère d'aide ou de gestion d'un club.
- Réorganiser la Linafoot : En finir avec le régime de transition du CONOR et organiser des élections transparentes avec des dirigeants congolais compétents.
- Réinventer notre championnat : Garantir une compétition régulière, financée et protégée des humeurs des décideurs.
Il est temps de rendre le football aux sportifs et aux supporters. Laissez-nous vibrer, laissez-nous rêver, et surtout, rendez-nous la dignité de notre football sur la scène continentale et internationale.
Un citoyen et observateur du football congolais.